Alors que la guerre éclate, en opposition à certains officiers de l’état-major de l’armée, voire de responsables politiques, le roi Albert impose le choix stratégique important de renforcer la défense de la place fortifiée de Liège, plutôt que de masser toutes ses forces au centre du pays (lire aussi page 16). Dans les années précédentes, le roi s’était déjà impliqué dans le domaine de la défense. Alors qu’une majorité du personnel politique et des citoyens refusaient d’anticiper l’éclatement probable d’une guerre qui aurait pu impliquer la Belgique neutre, il pesa de toute son influence pour obtenir du gouvernement qu’il prenne des mesures visant à renforcer l’armée.
Le contingent annuel passera de 13 000 à 33 000 hommes, des plans de réorganisation seront étudiés et mêmes entamés… une démarche insuffisante, hélas, car elle n’a pas le temps de produire tous ses effets. Si bien qu’en août 1914, quand les Allemands se trouvent rassemblés à la frontière du pays, la situation militaire belge est toujours dramatique. Jean-Louis Lhoest et Michel Georis, s’inspirant largement des mémoires du général Galet (voir page 16), ont fort bien décrit cette armée belge de 1914 : « Sans tradition ni instruction réelle, c’était un corps inorganisé et vieilli. L’infanterie, mal outillée, était incapable de remuer la terre et venait à peine d’être dotée en mitrailleuses (l’armée toute entière en comptait 102, soit la moitié des unités similaires du Kaiser) !
Sans charroi, ni matériel de cuisine, dépourvue de téléphones et d’artillerie lourde, son aviation tout juste embryonnaire, l’armée belge axait tout sur l’improvisation. Sans la moindre réserve en officiers ou en soldats, avec des troupes de forteresse composées de sept classes de réservistes de 1899 à 1905 (donc âgés de 30 à 35 ans) à peine encadrées et dénuées de toute valeur combattante, la Belgique avait comme unique potentiel militaire les 117 000 hommes de l’armée de campagne (classes de 1906 à 1913) et les 18 500 volontaires qui venaient de s’enrôler dans un élan d’indignation.(1) Si le cadre des officiers était riche dans la cavalerie, l’infanterie, par contre, ne disposait que de deux officiers par compagnie là où il en eût fallu quatre. Quant à la forteresse, elle en avait à peine un pour les mêmes effectifs…
Dans les cantonnements, c’était la pagaille. Errant sans but entre les fourgons bâchés et les chevaux, n’ayant jamais vu leurs officiers et ne se connaissant pas entre eux, les soldats allaient à la débandade. Fantassins en capotes bleu sombre, aux pans avant rabattus réglementairement sur les côtés, la tête couverte d’un petit calot rond, rouge et noir, ou artilleurs en pantalons à balzanes, tous paraissaient horriblement dépaysés dans ce jeu guerrier. Sans toiles imperméables ni tentes pour bivouaquer, les bataillons, comme les compagnies et les pelotons, s’étaient établis au petit bonheur dans les fermes, les grandes bâtisses et les maisons.
À défaut de cuisines mobiles, les soldats allaient d’une ferme à l’autre pour quérir le matériel culinaire indispensable ! Par contre, on avait réquisitionné tout ce qui roulait pour assurer les tâches du charroi. De superbes voitures automobiles transportaient les bêtes débitées et des centaines de pains, cependant que les soldats, rejoints par leurs parents et amis, montaient la garde aux avant-postes en famille ! Là où il fallait accomplir de petites étapes pour rejoindre une position, l’infanterie marchait en troupeaux. Les réservistes sans entraînement, terrassés par la chaleur, succombaient sous le poids de leur sac et de leur fusil. »(2) Manque d’officiers, mais aussi, en termes d’artillerie lourde, manque de canons.
Une anecdote révélatrice de la naïveté d’une époque : la Belgique avait certes commandé de nombreuses pièces d’artillerie pour se renforcer en 1913. Mais c’était aux Allemands de la société Krupp qui, au même moment, mettaient au point la « grosse Bertha », qui détruira les fortifications belges pendant l’été 1914. Autant dire que les nouveaux canons belges ne furent jamais livrés… C’est toutefois cette courageuse armée qui, jouant sur sa mobilité, pratiquant souvent l’art de la retraite suivi de contre-attaques opportunes, se perfectionnant aussi pendant la guerre, va contribuer, contre toutes attentes et sous les bravos des pays alliés, à la victoire de 1918. La surprise de la résistance belge a été énorme pour les Allemands. Elle a eu un effet durable sur l’image que les Belges ont pu avoir d’eux-mêmes.
(1) À ces effectifs, une levée de 25 000 miliciens s’ajoute dès mi-août 1914.
(2) Jean-Louis Lhoest et Michel Georis, « Liège, août 14 », Presses de la Cité, Paris, 1964.

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