Un entretien publié par l’hebdomadaire Paris Match Belgique, le 23 janvier 2025 et par le site Paris Match.be, le 26 janvier 2025.
La marche vers un monde décarboné doit être poursuivie au bénéfice des générations futures, mais, comme l’explique François Lévêque, professeur d’économie à Mines Paris-PSL, l’urgence du temps présent appelle à l’accompagner par des politiques ambitieuses d’adaptation aux conséquences du réchauffement climatique.
En décembre 2015, la communauté internationale s’accordait sur la mise en œuvre d’une politique d’atténuation, programmant la disparition progressive des émissions de carbone afin de contenir l’augmentation de la température moyenne globale à 1,5°C à 2°C par rapport aux niveaux préindustriels. Depuis, le réchauffement n’a cessé de s’intensifier, battant des records année après année : en 2024, nous sommes à +1,6°C. Si la trajectoire actuelle se maintient, le seuil des +3°C pourrait être franchi d’ici la fin du siècle. L’accord de Paris sur le climat était-il trop ambitieux, voire utopique ?
François Lévêque. Il n’est plus à démontrer que le réchauffement de la planète est un problème global : si l’on émet une tonne de carbone en France ou en Belgique, cela affecte l’ensemble des habitants de la planète d’aujourd’hui et de demain. C’est donc bien une action collective qui s’avère indispensable. En ce sens, l’accord de Paris était fondé, mais sans doute était-il très optimiste. Certains diront même qu’il était naïf, dans la mesure où il se basait sur l’espoir d’une coopération internationale autour d’un objectif commun. Or, nous devons malheureusement faire le constat qu’à ce jour, celle-ci a failli.
Pourquoi ?
Les États se sentent avant tout responsables de leur population et cherchent à défendre leurs intérêts. Finalement, les objectifs de réduction des émissions de carbone affichés par un grand nombre de pays ne sont pas respectés. C’est le problème du passager clandestin : collectivement, tous les pays ont intérêt à agir, mais il est avantageux de ne rien faire de son côté et de laisser les autres réaliser seuls les efforts. Vu que beaucoup d’États agissent ainsi, le rêve collectif de Paris débouche sur un échec. L’espoir que tous les États allaient jouer le jeu, chacun mettant en œuvre ses engagements de réduction d’émissions, qui plus est sans aucun mécanisme de sanction en cas de manquement, manquait donc de réalisme. Alors que notre monde est de plus en plus fragmenté, ledit espoir semble encore plus illusoire : l’idée d’une entente internationale et l’ambition d’un programme environnemental universel s’érodent avec la montée des nationalismes et des conflits géopolitiques.
Cette grande inertie ne questionne-t-elle pas aussi la nature humaine ? La politique d’atténuation implique une vision à long terme : les réductions d’émissions de gaz à effet de serre paieront dans plusieurs décennies, or notre espèce a tendance à vivre dans l’immédiateté.
Oui, c’est une deuxième dimension qui s’ajoute au fait que tous les États de la planète ne s’entendent pas. Il est effectivement compliqué, pour beaucoup d’humains, de réaliser des actions qui leur coûtent aujourd’hui au bénéfice de personnes qui n’existent pas, c’est-à-dire les générations futures, et d’autres habitants de la planète qui vivent dans des territoires très éloignés ; si les Français réduisent leurs émissions, leur action bénéficie en effet à tous les habitants de la planète, aussi bien aux Américains qu’aux Indonésiens.
Cette vision opportuniste n’est-elle pas appelée à se modifier, dès lors que les conséquences du changement climatique sont de plus en plus concrètes et évidentes ?

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